mot maquis

 

Accueil > chantiers > portrait de Plume, premier jet

portrait de Plume, premier jet

30 juin

C’est un kilt, mais ça pourrait être tout autre chose, une simple jupe à carreaux par exemple, tant de vents, de mers, tant de lessives, impossible de démêler ce qui était à l’origine.
Il est posté là depuis le début, on l’a toujours vu là, tout au bout de l’Epi Dellon, on l’a toujours connu comme ça, la canne à la main, debout bien droit sur un tétrapode, un peu en retrait.
Les pêcheurs, qui ne s’aventurent que rarement jusqu’à l’extrémité Est, viennent parfois tailler le bout de gras, laissent en repartant un peu de piste de moule ou des sardines à l’escabèche.
Faut dire, il est maigre. Il rit volontiers quand il se trouve en compagnie. Il est souvent seul.

Toujours face à la mer, pas un geste pour ramener la ligne. C’est la mer qui fait le boulot, la mer flux en lui, elle respire jusque dans son corps, expiration de la mer qui monte dans ses mollets, durs et poilus, immerge bientôt son bassin puis la cage thoracique, le sexe et le foie baignent un moment, une dernière poussée et c’est le cerveau qui se retrouve inondé, porté par la mer qui culmine et aussi sec se retire, rétractation des eaux qui laissent les organes luisants, paisibles au creux des os.
Accrochés aux côtes flottantes, des détritus rongés par l’eau, des restes de l’activité humaine, des visages délavés, des photos noir et blanc enluminées par le temps, des anecdotes colorisées, des scènes floutées qui ont surnagé on ne sait trop comment, rien que des souvenirs très communs.

vendredi 27 mai 2011, par Juliette Mézenc

Licence Creative Commons
les images et les oeuvres numériques du site sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
ISSN 2428-6117
.