mot maquis

 

Accueil > ateliers d’écriture > fenêtres

fenêtres

Série de "fenêtres"

Je me suis largement inspirée pour construire les propositions d’écriture du travail de Cécile Portier qui conduit cette année un atelier dans un Lycée à Aubervilliers et dont vous pouvez suivre la trace ici. Elle-même a puisé dans la mine que constitue l’atelier Ecrire la ville de François Bon. Merci à eux.


Fenêtre en mouvement

Mes yeux sont des fenêtres. Ils le sont dans un certain contexte, qui offre la même vue, la même vision, le même univers malgré le mouvement du corps.

Lumière faible, douce et colorée ; va et vient de mes amis entre la cuisine à Pizza, la chambre à cana’, et le salon aux discussions ; et musique déstructurée avec dubstep et rock psyché’ au rendez vous, rythmant nos mouvements et nos déplacements.

Redondance du même scénario, même paysage pour cette fenêtre à part entière, active de temps en temps.

Fenêtre familière

6 avenue Victor Hugo, 3ème étage, fenêtre avec petit balcon où mes plantes reposent sur la canopée des platanes de l’avenue. En face, un immeuble en béton armé des années 60’ qui offre plusieurs cases, fenêtres sur plusieurs familles et mondes différents. Notamment couple quinquagénaire qui, tous les soirs vers 20 heures, s’accorde une petite danse.

Clément Ramon


S’étale devant moi deux à trois mètres de transparence
Contour froid, matière contemporaine, son épaisseur pèse du côté de l’incassable
Pour la sécurité surement.
La matière est invisible et pourtant tout s’arrête ou tout commence selon que l’on soit d’un côté ou de l’autre.
On s’y observe à travers, selon que l’on soit .....
On s’y signe d’expressions qui en disent long, sans un son - Le silence dans la communication.
Je te vois, te comprends sans t’entendre - ton œil me parle à travers l’invisible - il souligne un besoin de réconfort, de réponses,
du doute trop installé.
Un échange de visu, soutenu et tout s’apaise, s’installe, se soulage.
Une main en empreinte, en appui forcé, à travers
Je te réponds avec autant de fissures - la signature du semblable.
Si on ne la voit pas, invisible, incassable, cette fenêtre reprend tout son sens.


Fenêtre sur vide

100 – 102 – 70 – 65 j’y comprends rien
des mains soulèvent ta blouse en coton imprimé et se posent sur ta poitrine
les machines dessinent des montagnes aux dents fluorescentes
par la fenêtre j’apprends que nous sommes ici nulle part – au 2ème étage de nulle part

tu cries - je me tais profondément
le monstre te dévore les entrailles
tu hurles je regarde par la fenêtre tes pupilles se dilatent
où peux tu être à présent ?

tes yeux m’attrapent violemment
ta main presse la mienne
il me sort des mots par la bouche
qui nous emmènent hors de cette chambre
hors de cette nuit bleue verte
et du couloir des gémissants

des mots incompréhensibles et bas un souffle

la peur la douleur est passée goutte à goutte
laissant ton visage d’une blancheur toute froissée

nous sommes au Japon dans le matin rose
marchant au milieu des ruisseaux

la lumière dans la chambre a changé
quelque chose flotte quelque chose est paisible
quelque chose en silence est passé entre nous
comme un serpent des mers finalement terrassé

tu souris
je referme les yeux sur tes lèvres

Elise Carville


Les deux fenêtres

Une longue conversation entre deux fenêtres situées de chaque côté d’une rue. Une longue conversation, incessante, les deux fenêtres ne peuvent pas y échapper. Elles se regardent tout au long des jours, des semaines, des mois, des saisons, des ans.

Quelquefois il y a un grand camion ou un autobus double-decker qui s’interpose, quand la circulation est forte, trop forte. Les fenêtres adorent les grands camions et les autobus double-decker. Ce sont leurs amis du repos, du calme. Ils peuvent lire en passant les noms des différentes entreprises ou bien la pub, sur les flancs de leurs amis. Le reste du temps, elles doivent parler.

Elles parlent du mouvement derrière la façade.
Elles parlent de la lumière rose ou bleue, forte ou sombre. De l’ouverture et de l’air qui passent, nettoyant le vide. Ou de la fermeture, serrée, dure.

Elles parlent de la réflexion du soleil, de l’arc en ciel.
Elles parlent de l’intérieur et de l’extérieur.

Et quand elles parlent, elles parlent lentement. Elles prennent leur temps, elles déplient leurs sujets. Il y a suffisamment de temps, trop de temps, beaucoup trop. Qu’est-ce qu’elles peuvent faire d’autre ?

Libération pour une fenêtre.
Destruction pour l’autre.

Des hommes, des démolisseurs arrivent avec leur bulldozer pour élargir la rue. Plus d’espace pour les grands camions des différentes entreprises et les cars double-decker aux parois pleines de pubs qui n’empêchent plus la longue conversation de se dérouler.

John Skinner

samedi 11 décembre 2010, par Juliette Mézenc

Messages

Licence Creative Commons
les images et les oeuvres numériques du site sont mises à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
ISSN 2428-6117
.