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cécile portier

vraiment très heureuse d’héberger ici un texte de Petite racine, le blog de Cécile Portier. Belle idée que ces vases communicants et un grand salut à ceux qui l’ont initiée, Scriptopolis et François Bon ainsi qu’à ceux qui l’animent, Pierre Ménard et Jérôme Denis. Je mettrai en ligne au cours de la journée les liens vers les autres participants.

Ecriture du dedans

Créer un personnage de fiction, ça engendre de nombreuses responsabilités. C’est une bouche de plus à nourrir, en quelque sorte, et la nourrir de quoi ?

Pour lui donner vie on serait bien sûr prêt à tout, même à inscrire sur son front le nom de Vérité, mais aussitôt ressurgit la méfiance envers le vieux Golem : le personnage ne va-t-il pas se retourner contre soi ?

Et surtout, Vérité, ce nom de Vérité, comment le tracer ?

On cherche, parfois, dans la sincérité de ce que l’on ressent.

On cherche aussi dans la véracité de faits vécus.

Ou bien encore, dans le monde tel qu’il va.

Toute cette matière peut bien faire écriture, et c’est ainsi, à tâtons, que s’écrivent les fictions.

Pour nourrir son personnage de fiction, on peut aussi avoir recours aux écritures déjà là, celles qui ne sont pas fictionnelles, celles qui revendiquent justement leur statut de vérité : statistiques, enquêtes, rapports publics, résultats de sondage, diagrammes comportementaux, enregistrements divers, etc. Car toutes ces écritures publiques nous écrivent tous, en permanence, nous décrivent, avec cette objectivité imparable du chiffre.

N’est-ce pas la vérité ?

Nous relevons chacun de notre catégorie socio-professionnelle, de notre tranche d’âge, de notre lieu de résidence, de nos antécédents familiaux, et décrire précisément ces items pourraient suffire à prévoir notre trajectoire de vie. Ainsi, une fiction qui partirait de cela serait une balistique imparable.

Sauf que, bien entendu, en temps qu’êtres vivants et sentant, nous ne voulons pas, nous ne nous résignons pas à être les petits golems des écritures publiques. Nous pensons, et nous avons raison, qu’en nous quelque chose échappe à ces catégorisations inscrites sur nos fronts.

Nous pensons que nous avons un cœur.

Nous pensons que ce cœur est irréductible à toute description objective et utilitaire. Pour l’approcher, le connaître, nous préférons nous en remettre, et nous avons raison, à d’autres formes d’écriture.

Aussi l’auteur se doit d’apporter à son personnage de fiction ce qu’il revendique pour soi-même : que les lettres du nom de Vérité inscrites sur son front ne s’effacent pas si facilement qu’on puisse décider d’un coup de gomme de son destin.

Que d’autres écritures plus secrètes le soutiennent, lui donnent une autre pulsation.

C’est pour ça que l’auteur du personnage de fiction se retrouve obligé de lui donner, disons de lui prêter, son cœur.

Pour lui insuffler cette petite écriture du dedans, involontaire et sourde, régulière sauf quand ça va mal.

Les autres vases :
paumée et Tentatives
frédérique martin et humeurnoirte
balmalok et lignes de vie
enfantissages et la méduse et le renard
36 poses et la vie dangereuse
journal écrit et liminaire
à chat perché et kms
zoë lucinder et biffures chroniques

si qq a trouvé un truc pour copier-coller des liens rapidement et sans tournis je suis preneuse (joachim séné est un petit malin :-)

vendredi 26 novembre 2010, par Juliette Mézenc

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