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Sabine Huynh, femme sauvage invitée

La vie c’est pas du tiramisu

Si quelqu’un a retrouvé mes esprits, qu’il m’appelle, récompense intéressante – je fais le meilleur tiramisu du coin –, et si toi aussi tu ne comprends pas pourquoi tu es constamment épuisée – surtout après un mois de vacances, mais, le hic, hey, avec mon enfant 24/7 – et au bord de la crise de nerfs quatre ans après la naissance de ton enfant, alors que t’en n’as qu’une, d’enfant, et que t’as l’impression d’y avoir laissé ta peau couleur du temps de la lune et du soleil, et tous tes mots valables, parce que c’est pareil, la peau les mots ça couvre et ça réchauffe, ça révèle et ça résiste, ça talismane et ça respire, oui, parler c’est respirer, écrire c’est respirer, c’est l’oxygène,

et si les mots tués dans l’œuf que tu as porté en toi c’est ta peau usée, trouée, vendue au quotidien, qui te donne la fièvre mais pas la bonne, pas celle de l’écriture puisque tu n’écris plus,

alors écris(-moi) s’il te plaît, écris(-moi), qu’on compare nos doléances, et qu’on se refile des trucs qui marchent parce que là, franchement, ménage, lessive, rangement, lessive, ménage – et toute cette poussière sur les livres sous les livres et ce sable que je balaie la nuit et qui revient le jour –, popote, rangement rangement rangement : c’est comme balayer le sable sur une plage exposée aux vents contraires ; courses, pâtes, carottes, œufs, lait, sucettes, biscuits, pains au choc, jus de pomme, lingettes, couches propres et couches sales, poubelles, sirop, médocs, tous les rendez-vous chez le pédiatre, les spécialistes, granules, sirop, antibios, fourmis, mites, poussière, crampes, urticaire, eczéma, tout ça, hein, tout ça, tout ça, qui tourne et revient sans cesse dans le tambour (je sais bien que c’est notre lot à tous mais j’ai le droit d’exprimer mon ras-le-bol)—j’en peux plus, j’ai plus d’air, je sais pas comment les autres mères font, j’adore ma fille pourtant, je lui donnerais tout je lui donne tout mais j’y arrive pas, j’y arrive plus, non, je crois que je sais pas faire en fin de compte,

si je sais faire, je crois que je pourrais faire ça très bien, si j’ai les instructions je suis championne je les suis à la lettre et c’est dans la poche, mais instructions ou obstructions c’est pas moi tout ça, c’est pas moi, comment ça peut être moi—cette femme aux yeux cernés aux yeux fermés aux yeux larmés, cette femme larguée aux vêtements tachés aux cheveux fous à l’eczéma frontal, femme aux mains tremblantes et veineuses, aux cuisses flasques, à la mémoire criblée—comment ça peut être moi, alors que je marchais et dansais fière il y a à peine cinq ans de ça, alors que je m’exposais le menton haut il y a vingt ans de ça quand je travaillais comme modèle et mannequin pour arrondir mes fins de mois—c’est qui cette femme dans le miroir qui te regarde hagarde découragée honteuse ? Que lui est-il arrivé pour qu’elle baisse les yeux devant son propre reflet, alors qu’elle en a connu d’autres et des bien pires ? Et comment faisait-elle avant, jonglant avec le doctorat l’enseignement la recherche la traduction le bénévolat ? Mais c’était avant... l’enfant, depuis elle attend encore d’avoir assez de temps pour remanier le roman qu’elle a écrit avant, parce qu’un roman, elle pense que ça ne s’écrit pas comme un poème, elle pense que si elle n’a pas au moins un mois devant elle, soit trente-et-un jours complets du matin au soir à la nuit au matin pour le retravailler, elle n’ouvre même pas le fichier—et les enfants, c’est que du bonheur, les perdre c’est le malheur, les avoir c’est la joie de nos jours de nos yeux, la vie de nos yeux, non ? C’est moi qui avais écrit ça quelque part— Bon c’est vrai je me suis jamais reconnue dans le miroir, j’ai toujours été surprise de m’y croiser en fait, toujours un peu interloquée, beaucoup plus depuis que je suis devenue mère, c’est encore moins moi qu’avant – mais écris(-moi) s’il te plaît, écris(-moi) parce que certains jours je me sens trop seule pour encore apprécier de l’être comme j’ai besoin de l’être –,

il y a des mères qui savent faire, ou qui s’habituent, je sais pas, qui docilement raclent et astiquent et serpillent et repassent et plient et reprisent et replient et s’replient, des femmes qui se rebellent plus, des femmes qui se sont rangées dans l’armoire avec le linge – mais je peux pas moi, je peux pas, j’suis claustro et ça m’effare de les sentir en moi, ces femmes crevées en route qui ont fini par céder et se taire, bourrées de cachetons ou croulant sous les emplettes, ces femmes tues et tuées qui pèsent une tonne sur mes cordes vocales – comment elles font ?

– et y a des jours où l’énorme, l’insurmontable fatigue et le système immunitaire K.O. constamment à cause des mauvaises nuits et des insomnies font que j’y arrive pas, Cendrillon a perdu son carrosse, elle rame elle rampe elle pâme, trop fatiguée pour dormir la plupart du temps, vous comprenez ? Elle pense plus droit, elle a toujours des merdes côté santé, sa fille aussi d’ailleurs, elle y arrive pas, Cendrillon, sa robe de bal lui échappe, et Peau d’âne elle a perdu toutes ses robes. Si c’est comme ça, alors sauver sa peau, serrer sa peau contre soi, sa peau parcheminée, ne pas la céder sinon c’est le déchet le décès les cachets.

Ces jours-là je bosse trop mal, pas assez en journée, trop la nuit, trop mal j’vous dis, j’écris plus rien de bien, j’écris j’efface j’écris j’efface j’écris j’m’efface, trop mal j’ai trop mal, je suis en retard, tellement en retard, dépassée, décalée, recalée dans le coin le plus obscur, condamnée à la cale, torture, bancale, tortue, la colonne courbe, le dos plein à m’effondrer, j’ose plus ouvrir mes mails, ceux avec des étiquettes vertes, ceux avec des étiquettes jaunes, ceux avec des étiquettes bleues, ceux aux étoiles rouges : les super urgents, quatre-vingt quatre en un mois (août), ces taches rouges devant mes yeux que je fixe sans comprendre, qui sans prévenir s’agglutinent puis se déploient puis me foncent dessus et me collent, m’enserrent la gorge, s’engouffrent dans mes narines, tournent tournent tournent et coupent lacèrent et je saigne là-dedans c’est le massacre et c’est trop et je veux qu’on me laisse tranquille.

Je veux du brouillard, de la mer, du désert, et s’il faut du rouge alors à la rigueur un champ de coquelicots et c’est tout. Je veux de la neige, du blanc, tout le temps, tout le temps du monde sans personne, s’il vous plaît du temps du temps du temps rien que pour moi, et quand je parle de temps, je pense au temps infini, pas au temps défini, cadré, cerné, happé par les canines de la meute, c’est trop demander ? Je veux le temps de la forêt vierge, je veux toute la forêt vierge pour moi toute seule. C’est tout ou rien, voilà. Je sais bien que sans le rien il n’y a pas de tout, que sans le rien il y a moins que rien, mais ne m’en voulez pas de ne pas vraiment savoir où je vais et de vouloir ce temps-là, infini, le temps de la mort ? Oui, d’accord, oui, il y a des jours où secrètement je désire ce temps-là... mais c’est bête ce que je viens de dire, je sais, c’est bête, mais c’est sincère, c’est moi dans ces moments de temps qui prend à la gorge, temps en cadran qui étouffe la parole, ces moments où je me dis qu’il est temps de lâcher les aiguilles perçantes et de sauter dans le vide.

Je veux du temps pour moi et pour tout ce que j’ai à écrire, je veux une vie de temps sans cadence, de temps-fleuve pour l’écriture-fleuve, je veux une vie loin, une vie silencieuse, silence complet s’il vous plaît, silence, éteignez cette lumière qui clignote et me secoue le cerveau et m’empêche de rêver à une vie d’autruche, une vie d’ermite, une vie sans moi,

mais mais mais mais je vais y arriver, hein, je vais y arriver, parce que je suis comme ça, on peut me faire confiance, je n’ai de cesse de le répéter, je ne trahis jamais ma parole, j’y arriverai que diantre j’y arriverai même en retard même à moitié morte j’y arriverai, j’y arrive toujours non ?

Mais c’est par où la sortie s’il vous plaît, elle est où la fenêtre, juste pour respirer un peu profondément à fond longuement ? Promis je m’y jetterai pas. Besoin d’une fenêtre amie, pour la contemplation, la rêverie, flotter hors du temps, besoin de ça, perdu mon rythme naturel depuis des années, cours comme une poule décapitée, besoin de vide autour de moi, au lieu de ces piles, ces amoncèlements, ces trucs qui trainent partout, sur lesquels je trébuche et chute sans fin, que j’essaie de ne pas écraser sous mes pieds que j’aimerais bien écraser sous mes pieds de rage de frustration d’incompréhension devant les textes- peau de chagrin, besoin d’ordre, de netteté, peux pas sans, peux pas dans ce cirque ce zoo cet appart miné au sol collant toujours poisseux quoi que je fasse et ces miettes partout et ces grains de riz ces vieilles coquillettes ce parmesan râpé ce royaume de fourmis, –

besoin d’espace, de liberté, autant besoin d’être loin d’ici que d’être ici près d’elle, que faire ? Besoin de calme, de vide autour et dedans, impression que personne ne peut comprendre, que ça paraîtra ridicule, égoïste, ces mots, ces bestioles désarçonnées, désorientées, ces os surgis comme ça au détour d’un statut Facebook, que vous allez ronger au pied du mur en vous reconnaissant ou pas, en vous reconnaissant et vous sentant reconnaissante, en vous reconnaissant et en savourant mon amertume et en dégainant vos mots à vous qui me diront que l’enfant avant tout, que l’écriture peut doit saura attendre, que tu te rends pas compte de la chance que t’as de ne pas avoir à donner cours six heures de suite (ah ? J’ai déjà donné cours dix heures de suite, aux États-Unis, et certains jours je donnerais tout pour avoir ces dix heures en dehors de la sphère domestique)

– merci merci merci mais moi dans dix ans je serai peut-être morte, vous y pensez à ça ? Morte, à force, vous savez, je suis pas solide solide, plus ronchon que roc, j’ai de très mauvais réflexes parfois quand ça va pas, et seule l’écriture peut m’en garder ! Je serai morte, ou aveugle tiens, dommage que j’aie pas le temps d’apprendre le braille dès à présent, on m’avait prédit la cécité totale pour mes quarante ans, j’en ai quarante-trois, j’y vois plus que de l’œil droit, mon genou gauche couine, mon foie cirrhose (et pourtant je bois pas une goutte d’alcool !), ma mémoire flanche gravement, sauf que ce tourbillon de vie là, avec ses torchons ses chaussettes sales et ses fonds de purée à finir (oui je me nourris des restes de mon enfant depuis des années, par manque de force souvent, de force et de temps) n’est pas des plus romantiques – attendre quoi enfin ?! Ce n’est pas parce que vous vous l’avez raté le train que je devrais moi aussi rester en rade, vous croyez pas ? Et quand j’écris ça je pense à toutes ces mères (à ces pères qui élèvent leurs enfants seuls aussi !) qui écrivent trop peu à cause du fardeau domestique, et j’écris ça pour dire leur dire qu’elles doivent continuer à pagayer sans se décourager, à tout mener de front, oui, puisqu’elles n’ont pas le choix, continuer d’écrire, de nuit s’il le faut, en y laissant la moitié de leur peau s’il le faut, mais surtout ne pas s’arrêter, de nager de surnager de voguer, écrirécrirécrire pour ne pas couler, aujourd’hui, maintenant, pas demain, pas dans dix ou vingt ans, maintenant, c’est une question de vie ou de mort, non, une question de vie, rien que de vie, et si vous laissez tomber le Graal vous tomberez avec, parce que ne pas suivre son cœur tue. La vie de mes yeux, c’est elles, l’écriture et mon enfant, et la vie de ses yeux à elle, mon enfant, c’est la vie des miens aussi, d’yeux, alors écrire, pour moi et pour elle, pour préserver la lumière vitale que nous nous donnons.

Et je comprends, malgré l’inconfort, les désagréments (je suis malade en bus) pourquoi je prends toujours le bus, même si le trajet dure cinq heures, pour avoir ces heures-là rien qu’à moi, pour y laisser dériver mes pensées. « Buller » vous dites, en France, buller, j’veux buller, please, rien que des bulles et je me laisserais porter, comme ça, pour rien, sans but, juste pour me reposer, c’est dans ce repos-là ce temps à part en aparté que sédimentent les phrases qui conduisent parfois au texte, dans ces bulles d’air volées à la touffeur du temps compact et à ses parois dures et nues contre lesquelles je me tape la tête. Ce n’est pas que je n’aie pas ma chambre à moi, la chambre à soi je l’ai aujourd’hui, enfin, ça aura pris la moitié de ma vie, mais cette chambre (et toutes les pièces contigües, toilettes, salle de bain...) a une porte que je ne peux plus fermer depuis la naissance de mon enfant, et mes oreilles et mes yeux sont des fenêtres que je ne peux plus fermer ou éteindre, depuis sa naissance, même quand je dors. Dormir dormir, autant besoin de dormir que de repousser le sommeil pour écrire, et quand je me décide enfin à y aller au lit, à pointer au lit comme j’me dis, puisque c’est toujours à point d’heure, hors du temps, je me rends compte avec horreur que l’évier est plein, que la table n’a pas été débarrassée, que le linge est toujours dans la machine, que ma tisane infuse depuis six heures, que le linge étendu dehors doit être rentré sinon il prendra le sable, que j’ai pas préparé les trucs que ma fille doit apporter à l’école le lendemain... Je sais Jacques, chuis pas toute seule, y en a d’autres qui vivent ont vécu ça et qui s’plaignent pas, Jeff, t’es pas toute seule... Qu’est-ce que t’en sais ?

Le vrai, le seul cri, le mien, c’est écrire, je veux écrire, je n’ai pas le temps d’écrire, et j’en crève. Écrire ne se fait pas entre dix et treize, ou entre vingt-deux et minuit, écrire c’est jour et nuit, sans interférence, écrire ou ne penser qu’à ça, qu’à l’écriture, à ce qui a été écrit, à ce qui s’écrit ou s’écrira, ne penser qu’à ça, tout son saoûl, s’en nourrir, s’en capitonner s’en mûrir l’intérieur des neurones, ou alors c’est des listes de courses sans intérêt, et je noie de plus en plus ma voix dans la gluance de ces listes mortelles, je me vois sombrer, et j’ai honte, et je ne sais plus quoi faire, et ça me paralyse, me panique, m’emmure, me tord les boyaux à m’en rouler par terre de douleur.

Quand ma fille dort en journée et que j’ai une heure et demie ou deux devant moi, j’ai le choix entre répondre à mes mails, accepter quelques-unes des offres de traductions non littéraires et de corrections qu’on me propose contre plus d’argent que tout ce qui est littéraire, poétique... Continuer à traduire le recueil de poèmes de Richard (ça fait quatre ans que je travaille sur ces quarante-neuf poèmes d’importance capitale sur et à la mémoire des milliers de personnes massacrées par les Nazis à Kragujevak dans les Balkans en 1941), relire en diagonale et chroniquer l’un des trente livres qui attendent sur le meuble derrière moi, ranger et nettoyer la pièce où je travaille (pas dépoussiéré ni les livres ni les étagères pendant des années), m’occuper des quatre tas de linge sale qui gisent par terre dans ma chambre, m’occuper des pyramides de linge propre qui empêchent au soleil d’entrer par la fenêtre depuis deux mois, ranger le salon jonché de jouets, faire la vaisselle et nettoyer la cuisine, faire le ménage dans tout l’appart, surtout les deux chambres (enfin non, une seule puisque ma fille dort dans l’autre) car ce sont les pièces que les visiteurs ne voient pas et où il y a le plus de bazar et de poussière, et poussière dit acariens, acariens disent allergie, allergie dit dans le meilleur cas éternuements et yeux qui piquent, dans le pire crises d’asthme (nocturnes puisque que c’est la nuit qu’on est dans les chambres) et nuit foutue (sur ses quatre ans de vie, sans doute deux ans et demi de nuits courtes ou blanches, pas grave, on s’habitue), ranger et laver le balcon, surtout après les trois jours de tempête de sable, préparer à manger à l’avance pour elle et moi (ça me fait rire d’écrire ça, quelle supercherie !), répondre aux
cartes de voeux reçues il y a dix mois, téléphoner à ma meilleure amie et à mes frères pour prendre de leurs nouvelles, ou m’allonger pour essayer de récupérer un peu parce que je me lève tous les jours vers six heures pour me coucher vers une deux trois heures du matin, et parce que la douleur lancinante du côté droit du bas ventre ne va pas en s’amoindrissant (ovaire),

mais si je m’étais reposée vous ne seriez pas en train de lire ceci, et personne n’aurait jamais lu aucun de mes livres, pour la simple raison que je n’en aurais jamais écrit un seul, donc je ne m’allonge jamais en journée, à moins d’être tellement malade et faible physiquement que je ne peux même pas tenir assise.

Vous me lisez, vous m’avez lue, vous me lirez, car je ne baisserai pas la tête, je ne capitulerai pas devant la montagne à gravir, vous connaissez l’histoire, elle se dresse devant vous, elle disparaît dès qu’on l’escalade, et elle réapparaît quand on l’a franchie, sauf qu’au final elle fait partie de vous, dans toute sa complexité.

Bref, sœurs d’écriture : aimez vos enfants to death juste comme moi, mais n’écoutez personne, écrivez – écoutez Claude Vigée : un poème, un enfant, sont nos gages de vie –, n’écoutez pas les gens qui vous conseillent d’arrêter d’écrire « pour le moment, juste le temps qu’elle grandisse », ne les croyez pas quand ils vous disent que ça vous simplifiera la vie, d’arrêter de vous accrocher à ce qui vous garde en vie, ou quand ils vous disent de faire d’autres enfants pendant que vous y êtes, de toute façon vous n’avez pas le temps d’écrire, et puis ils s’occuperont les uns des autres (!), bouchez-vous les oreilles, parce que c’est faux, vivre est une aventure complexe, quoi que vous fassiez, les enfants c’est du travail à plein temps, pour peu que vous soyez seule à vous en occuper, et rien n’est jamais sweet pour longtemps. Home sweet home ? C’est un mirage pour vendre des produits électroménagers aux femmes en perte de repères. Écrivez, donnez-vous ce droit, maintenant, parce qu’après il sera trop tard, vous aurez perdu la rage que vous confère cette lutte de tous les jours pour un moment de calme et d’écriture, et la rage c’est la folie la passion l’impétuosité les chevaux fougueux de vos livres, il faut en prendre soin.

Life is no tiramisu : la vie c’est pas du tiramisu, l’écriture si. L’envie ou le besoin d’écrire vous tire par la manche les oreilles les cheveux la gorge ? Écrivez, ne dormez pas, écrivez, résistez, réveillez-vous, écrivez, pour vous, pour nous, pour moi, écrivez jusqu’à en être malade, oui, vous en serez malade, comme celles qui ne dorment pas la nuit pour écrire parce que leurs journées sont dédiées à leurs enfants et à tout ce qui est « alimentaire », mais ne pas écrire serait bien pire, et ça, vous le savez tout au fond de vous : écrire tire vers le haut.

Vous voyez, là, je suis exsangue, oui, mais en écrivant, je retrouve mes esprits, couche par couche, l’infusion de mots dans mes veines commence à me ranimer, mon dos et les commissures de mes lèvres se redressent phrase après phrase, et les murs du temps se ramollissent, s’y cogner fait moins mal. Vous reprendrez un peu de tiramisu ?

(Sabine Huynh, septembre 2015)

lundi 21 septembre 2015, par Juliette Mézenc

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