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Laissez-passer # 8

J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… Les merveilleux nuages !

Je lève le nez.
L’eau que j’ai bue tout à l’heure, s’étirait-elle très haut dans le ciel, griffée par le vent ? ou bien s’amoncelait-elle en cumulus denses juste au-dessous ? Provient-elle plutôt d’un de ces brouillards qui avancent vite et enveloppent tout, sur nos côtes, les jours d’entrées maritimes ?
Et à quel moment l’eau que j’ai bue tout à l’heure était-elle encore suspendue là-haut ? Il y a une semaine, un mois, un an ? Combien de temps des nuages jusqu’à ma bouche ?
_Est-il possible que cette eau que j’ai bue tout à l’heure provienne d’une autre source que les nuages, d’une source profonde qui n’a encore jamais connu l’évaporation ? Est-ce possible qu’une eau n’ait encore jamais connu, au 18 août 2014, le phénomène d’évaporation ?
Et cette eau que j’ai bue tout à l’heure, vais-je l’éliminer entièrement ? Vais-je garder en moi une partie de cette eau à vie, jusqu’à ma mort, jusqu’au dessèchement de tout mon corps ? Ou vais-je la transpirer et la pisser jusqu’à la dernière goutte ? Est-il juste de penser que je pisse des nuages ? et cette eau transpirée et pissée va-t-elle à son tour devenir nuage ?

Je pense aux nuages qui me traversent. A tous ces nuages qui ont traversé mon corps depuis ma naissance. Combien de nuages sont-ils passés par mon corps ? Est-il juste de penser que je suis constituée de nuage, à 97 % ?
Suis-je la même selon que je bois des stratus ou des cumulo-nimbus ? La forme et la structure du nuage bu dans la journée peut-il avoir une influence sur mon état d’esprit ? sur mes rêves de jour et sur mes rêves de nuit ?
Et les nuages après m’avoir traversée sont-ils les mêmes, poursuivent-ils leur chemin comme si de rien n’était, comme si nous ne nous étions jamais rencontrés, ou bien en sont-ils légèrement changés ? L’eau garde-t-elle la mémoire de mon corps ?

Tous les nuages au-dessus de moi aujourd’hui ont-ils été bus ? par des humains, des chevaux, des fouines, des renards, des aigles, des lombrics, des reines des près ? Dans quelles proportions les nuages au-dessus de ma tête sont-ils passés par le corps d’être vivants sur terre, dans les airs et sous les mers ? Dans la mesure où c’est la même eau qui circule sur la planète Terre depuis 4 milliards d’années, combien de fois les nuages au-dessus de ma tête ont-ils été bus depuis l’apparition de la vie sur terre ?
Qu’est-ce que c’est que ces questions en cascade ?
Est-ce qu’il existe une eau qui échappe au cycle de l’eau ? de l’eau tapie dans les glaciers, dans les roches profondes ? J’apprends que l’eau s’insinue à travers la croute terrestre jusqu’aux roches chaudes et pâteuses du manteau où il est très probable qu’elle forme des océans au sein même du magma. Débarrassée de son atome d’oxygène, elle peut aussi franchir la barrière de l’atmosphère et s’échapper, libérée de la gravité, dans le grand univers. Jusqu’où peut-elle bien aller ? S’en va-t-elle rejoindre les nuages froids interstellaires ?

jeudi 18 septembre 2014

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ISSN 2428-6117
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