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louise imagine

Elle se dit qu’elle a bien fait de prendre sa veste parce qu’à attendre là qu’ils se décident pour la photo, elle trouve qu’il fait frais. Bien fait de ne pas l’écouter, lui, quand ce matin même il se moquait de sa prévoyance et de cette veste qu’il jugeait superflue. Elle se dit qu’elle fait bien de ne pas l’écouter lui qui prend ses décisions sans réfléchir à l’après, lui encore, et ses taquineries permanentes, lui et son incorrigible façon de se moquer de tout de rien et son regard de chien fou sur la vie. Elle n’aime pas les photographies, le temps que ça prend et l’attention que ça demande, poser contre leur nouvelle voiture ou devant la façade blanche de la maison, s’inquiéter de sa coiffure et de l’attitude à prendre, espérer être impeccable tout en énumérant mentalement ce qui ne va pas, attendre impatiemment en se rongeant les ongles, puis le moment venu sourire niaisement. Et puis s’installer là, aux yeux de tous sur la place du village, au beau milieu des Anciens présents depuis tôt le matin sur leur banc d’observation, non, elle n’aime décidément pas. Elle les presse, lui et son cousin, leur dit qu’il faut partir qu’il est déjà presque midi, que la route est longue et le moment mal choisi. Pourquoi ne pas remettre ça à tout à l’heure, lorsqu’ils seront arrivés, tranquilles et installés, pourquoi ne pas attendre que personne ne puisse les observer ?
Il éclate de rire, l’embrasse tendrement sur la joue, se moque de son humeur maussade et de son sempiternel besoin de râler. Peu importe quand, du moment qu’ils sont ensemble, peu importe où, dans l’herbe près de l’eau, sur la rembarde de la terrasse, ou sur la place du village. Qu’on les regarde il s’en moque, après tout pourquoi se cacheraient-ils, faudrait-il avoir honte de vivre pleinement et être heureux ? Il dit que tout ce qu’il veut c’est un simple souvenir, un souvenir de cette belle journée peut-être encore un peu fraiche, un souvenir de la première fois de l’année où ils iront pique-niquer, un souvenir du jour où il la demandera en mariage (mais ça bien sûr, il le tait). Il dit regarde ce soleil, qui aurait pu le croire en cette saison ? Les yeux pétillant de malice, il dit : regarde cette lumière, ce ciel bleu, c’est le moment où jamais, alors vient par là et cesse de t’agiter. Elle râle encore un peu pour la forme et par simple habitude mais un sourire lui échappe et à la façon dont elle se laisse prendre par la taille, il sait qu’elle est vaincue. Elle lisse une dernière fois sa mèche de cheveux savamment coiffée, se demande vaguement si elle est bien habillée, ôte à la hâte ses lunettes, cherche où elle pourrait les cacher. Il l’étreint moqueur, joyeux, emprisonne sa main entre les siennes et souffle délicatement dans son cou. Lui arrache une dernière grimace de protestation joyeuse que le cousin ne manque pas d’immortaliser.
Il dit, se dit qu’il est heureux.

Louise Imagine


Petit rappel du principe des vases communicants parce qu’on ne sait jamais, des fois que vous seriez paumés... et dans ce cas commencez par vous rendre ici (MERCI à Brigitte).

« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Très heureuse d’échanger cette fois-ci avec Louise Imagine dont j’ai découvert les photographies sur la revue D’ici là (je ne me souviens plus du numéro mais je me souviens du vieil homme qu’elle avait photographié, c’était très beau). Allez vite faire un tour sur son site...
Nous avons été inspirées pour cet échange par la série "Dans le viseur" de Cécile Portier que je salue ici bien haut ! Si vous voulez en savoir plus sur le travail de Cécile, elle a récemment mis en ligne (20 janvier) des captations vidéos de ses dernières interventions (c’est que petite racine ne chôme pas oh non, et c’est notre chance !)
ah j’oubliais, si vous voulez lire ma contribution, c’est ici...

jeudi 31 janvier 2013, par Juliette Mézenc

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