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quatre poignées de fer

21 Avril

Je suis une structure qui se renouvelle constamment. Autour d’une épine dorsale en pierre, brique et béton, des éléments plus libres s’organisent : blocs et tétrapodes. Sur chaque bloc quatre poignées de fer. Leur fonction : faciliter le transport. Le sel et le temps les font éclater en écorces qui s’écartent et finissent par tomber. Les hommes diraient : on croirait du bois pétrifié. Sur chaque bloc quatre poignées de fer.
Les vagues aux mèches blanches médusent ma raison et je voudrais sombrer, m’abandonner à mon propre poids de grand corps pétrifié. Mais les hommes me repêchent constamment. Ils disent qu’ils ne peuvent se passer de moi. Ils m’offrent désormais des formes, les tétrapodes, complexes et dociles en apparence à la mer. Pas d’angles droits dressés contre la vague. C’est pour mieux te tromper mon enfant, tu y rouleras sans jamais trouver de prise. Le tétrapode te roulera et tu t’y casseras les dents. Et longtemps encore je serai là malgré moi.
Sur chaque bloc quatre poignées de fer. Je rêve : se laisser écraser par le ciel, je suis une île dure et sans fleurs, s’enfoncer et couler par le fond, que le bleu du ciel me perde dans le bleu de la mer et ce sera fini, quelle différence. Qu’on n’en reparle plus.

vendredi 26 novembre 2010, par Juliette Mézenc

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ISSN 2428-6117
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