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brigetoun

c’est une joie d’accueillir ici Brigetoun, globe-trotteuse en Avignon, marraine et tourneuse de Vases, teneuse de blog (le fameux Paumée) et grande lectrice de blogs et livres numériques, on ne la présente plus mais quand même.
Vous trouverez mon texte chez elle.


Photo Le Gray

Et voilà Brigetoun accueillie sur Mots maquis, un peu intimidée, un peu paumée – s’interroge - regarde : il y a le journal du brise-lames – il y a Sète – connaît mal Sète, pense cimetière marin, pense Brassens, pense canaux, pointe courte, Di Rosa, et se souvient de Vilar – se souvient d’elle, adolescente, dans le carré du cargo qui l’avait amenée, à la table du petit déjeuner avec le commandant, et qu’il lui parlait de sa fille qui s’était suicidée pour trop de lectures, de la grue contemplée avec décision par le hublot, des mots cherchés, du temps qui ne passait pas, du mauvais goût dans la bouche, de l’odeur de métal, du refus, et de la pitié intimidée.

A aimé le journal du brise-lames, y penser, l’oublier, faire un pas de côté – imaginer un brise lames.

Brigetoun, paumée, cherche et trouve des photos prises en 1837 par Gustave Le Gray, voit qu’il était presque le jumeau du brise-lame, et qu’ils étaient alors dans leur forte jeunesse - y entrer, avec juste la distance de la rouille ou du sépia, pour pouvoir rêver - ignorance de cet endroit - accord avec la mer qui coulait dans les veines de mon père, qui était celle-là, avec mes souvenirs d’allégeance.

Photo Le Gray

Ce serait :

Nuages en fuite échevelée, se tenir crispée, fouettée, au dessus des fusées de gouttes qui s’élancent, retombent dans la suivante, tête perdue dans le sifflement du vent, oreilles pleines des chocs de la mer qui s’élance, frappe, tape – élan têtu, force, pilonnement, impossible perforation – les blocs ruisselants de coulures acres – la mer qui, apaisée, va à la rencontre de la ville.

ou

Après-midi calme, quand le soleil descend, assise sur béton, les yeux guettant cet instant où le silence se fera, où le globe incandescent entrera dans l’eau au bout d’une route tremblante de lumière, le murmure de la mer qui vient sans cesse caresser les rochers, les blocs, juste pour que le silence et le calme soient intenses. Et la petite chanson roucoulée en sourdine de son chemin dans les trous.

ou

le halètement de l’eau en ses assauts, sa forte respiration heurtée, les chocs encore, l’union tumultueuse du roc, du béton, des vagues brisées – le ciel s’abattant en trombes, piquetant et calmant la mer, balayant le brise-lame, un corps venu là, pourquoi ?, recroquevillé, misérable et heureux, ballotté, trempé, dans l’odeur des embruns, dans l’inondation du ciel.

ou

grand beau calme, frissonnement argenté de la surface de la mer, qui s’étend, infinie – ce désir du large qui creuse le corps, l’idée de l’autre rive, ce besoin, sans pensée, être dans l’amour de la mer,

jeudi 3 novembre 2011, par Juliette Mézenc

Messages

  • Brigetoun. Belles réminiscences que vous nous proposez là. Mourir dans la ville qui nous a vu naître... Vos souvenirs sont beaux et me rappellent ces vers de Valery : « La vie est vaste, étant ivre d’absence, Et l’amertume est douce, et l’esprit clair »

    Pierre R. Chantelois

  • merci - c’est fou ce que je me trouve plus belle chez les autres

  • Décidément, j’aime me paumer en suivant les mots de Brigetoun ; même dans une image du monde, on la suit, on se paume avec elle. Mais paumée, ce n’est pas perdue, c’est un jeu avec les mots et avec la vie. C’est la distance souriante que seule peut donner l’écriture, même avec ce qui ne fait pas rire. Et on repart un peu ragaillardi vers sa journée, avec déjà une première rêverie dans les yeux, dans la tête, qui fait que, de toutes façons, la journée ne sera pas perdue. Merci !

    • Brise-lame, arrache-coeur, photos de Le Gray (paradoxe du sépia avec un tel nom), embruns, fouet du vent, furie peut-être du vague-à-l’âme : un texte qui avec son "ou bien ou bien" à la Kierkegaard dispense une philosophie maritime qui nous donne un bienfaisant claquement d’embruns dans les yeux.

  • Ce halètement de mots qui met de la couleur dans nos journées. Merci.

  • Paumée ? Vous ? Brigetoun ?

    Plutôt que l’arrivée, la finalité, la réponse, le point final, vous préféré peut-être parcourir le chemin, pérégriner, circonvolutioner, papillonner...

    [...]
    “"Ce serait"”

    Ou plutôt c’est ...
    Brigetoun vous êtes au présent !

  • Très beau, ça me touche dans le corps comme le paysage, la mer.

    Claire
    ardemment.com

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